Blacksad : Amarillo

Après avoir bouclé sa dernière enquête à la Nouvelle-Orléans, le détective John Blacksad éprouve le besoin de souffler un peu, «de trouver dans le coin un boulot tranquille où je n’aurai pas à esquiver des balles et où, pour changer, personne ne sera tué…». Bien sûr, ce sera peine perdue pour notre héros de papier, rattrapé par son implacable destin.

Débutée en 2000, la série Blacksad, qui en est à son 5e album, s’est tout de suite imposée par la qualité de ses scénarios et de son graphisme, qui sont parmi ce qui se fait de mieux dans le genre.
Côté scénario, Juan Díaz Canales sait parfaitement retranscrire l’ambiance américaine des années 1950, en piochant dans le riche imaginaire de cette période, du blues au film noir, du maccarthysme à la Beat Generation. Toujours bien menées, ses intrigues sont servies par des silences expressifs et des dialogues percutants, ainsi que par un découpage cinématographique très efficace.
Côté graphisme, Juanjo Guarnido est un virtuose du dessin. Ancien employé de chez Disney, il a acquis un savoir-faire dans la représentation des animaux anthropomorphes, une technique qu’il a réutilisée dans Blacksad ; ainsi, chaque personnage est figuré par un animal dont l’espèce reflète le caractère ou la fonction dans l’histoire : un avocat est incarné par une hyène, un journaliste par une fouine, Blacksad est un chat noir… Ce jeu de rôle animalier confère un côté ludique qui ajoute énormément au charme de la série, d’autant plus que les expressions et mouvements des personnages sont très bien rendus. Enfin, l’ensemble est rehaussé par une magnifique mise en couleur à l’aquarelle.
Pour toutes ces raisons, Blacksad est devenu un classique du 9e art. Si vous ne connaissez pas encore cette excellente série, je vous invite à embarquer avec notre chat détective sur la mythique       Route 66, cadre de son dernier album, Amarillo.

 Léonard Lavoyer

Blacksad : Amarillo
Díaz Canales / Guarnido
Dargaud
24,95 $

Maus – MetaMaus

MausMetaMaus

Certaines œuvres d’art sont tellement novatrices, voire révolutionnaires pour leur époque, qu’elles en deviennent un jalon essentiel, un moment clé, un chef-d’œuvre incontournable, si ce n’est LE chef d’œuvre. Bref, il y a un avant et un après ces œuvres. On pourrait par exemple citer Citizen Kane pour le cinéma, Les Demoiselles d’Avignon pour la peinture, En attendant Godot pour le théâtre, Kind of Blue pour le jazz… En bande dessinée, l’album qui bouleversa le genre s’intitule Maus et son auteur s’appelle Art Spiegelman.

En quoi Maus est-il si important dans l’histoire du 9e art, et même plus généralement dans l’histoire de l’art ? En quoi Maus a-t-il changé la perception de la bande dessinée pour ceux qui l’ont lu ? En quoi Maus a-t-il démontré que la BD possédait un potentiel bien plus riche que ce que l’on avait imaginé jusque là ? Questions difficiles qui nécessiteraient un livre entier, auxquelles je vais néanmoins essayer de répondre. Tout d’abord, Maus traite du génocide des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, à travers la vie de Vladek Spiegelman, père d’Art Spiegelman, qui a été déporté à Auschwitz en 1944. Un sujet qui n’avait jamais été abordé en bande dessinée auparavant, et pour cause : comment envisager qu’il soit possible de parler d’une telle tragédie avec de simples «petits Mickeys» ? Comment penser que cet art mineur, longtemps considéré comme un simple divertissement réservé aux enfants et aux lecteurs paresseux, puisse rendre palpable toute l’horreur de cette période ? Impossible ! Le résultat ne pouvait être que médiocre, voire insultant pour la mémoire des victimes. Pourtant, Art Spiegelman a magistralement réussit son pari, et son livre est maintenant considéré comme un classique de «la littérature de la Shoah», aux côtés de ceux de Primo Levi, Elie Wiesel, Anne Frank…

Pour y parvenir, Art Spiegelman a innové sur bien des points, élargissant ainsi les perspectives de la bande dessinée. Il a par exemple représenté les Juifs avec des têtes de souris et les Allemands avec des têtes de chat, ce qui permet une certaine distanciation par rapport au sujet, tout en faisant référence à la symbolique nazie qui assimilait les Juifs à des rats, mais aussi à la traque des Juifs d’Europe, aux BD et cartoon animaliers tels que Krazy Kat ou Tom et Jerry… Il a alterné le passé et le présent, mettant en scène ses relations difficiles avec son père, ce qui en fait un des pionniers de la bande dessinée autobiographique. Il a effectué un travail de documentation historique absolument colossal. Il a usé d’une mise en page élaborée.

J’ai écrit quelques lignes plus haut qu’il faudrait un livre entier pour expliquer en quoi Maus est une œuvre aussi importante. Or, ce livre est paru : c’est MetaMaus, un témoignage sur Maus par son propre auteur. Accompagné d’un DVD et de très nombreuses photos et textes tirés des archives d’Art Spiegelman, cet ouvrage très complet expose tout le processus de création qui a abouti à Maus. Un document absolument passionnant, qui permet de mieux comprendre et apprécier la richesse de ce chef-d’œuvre qu’est Maus. Et qui donne envie de le relire. Encore et encore.

Léonard Lavoyer

Maus
Art Spiegelman
Flammarion
49,95 $
MetaMaus
Art Spiegelman
Flammarion
49,95 $

Susceptible

Auteure, illustratrice, musicienne, la Québécoise Geneviève Castrée vient de publier Susceptible, premier ouvrage de la toute nouvelle maison d’édition L’Apocalypse. Récit de la construction identitaire d’une adolescence en manque de repère, cet album sensible et délicat est une belle réussite.

SusceptibleUne enfant nue étouffée par un végétal, une jeune femme qui prend son  envol. C’est sur ces deux scènes symboliques que s’ouvrent et se ferment l’histoire de «Goglu», qu’on devine être celle de Geneviève Castrée. Entre ces deux séquences allégoriques, représentatives de son parcours de vie, l’auteure relate ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, des souvenirs souvent douloureux : un père absent, une mère immature qui noie ses déprimes dans l’alcool, un beau-père qui ne l’aime pas et la rend responsable de ses problèmes de couple, la drogue, l’anorexie, les tentatives de suicide… expression de souffrance et de colère d’une jeunesse en mal d’affection.

Comme pour contrebalancer la dureté du propos, Geneviève Castrée use d’un graphisme tout en douceur et d’une écriture manuscrite, qui font penser aux albums jeunesse, au monde de l’enfance. La maquette du livre, de très belle facture, renforce cette impression par ses teintes de rose pastel.

Malgré toutes ces épreuves, la jeune «Goglu», grâce à l’aide de quelques personnes et la pratique du dessin, va parvenir à trouver sa voie et réussir à faire la paix avec son passé. Et on se surprend, en refermant cette bande dessinée plutôt sombre, à éprouver un étrange sentiment d’apaisement, preuve que l’auteure a parfaitement su nous communiquer ses émotions.

Léonard Lavoyer

Susceptible
Geneviève Castrée
L’Apocalypse
29,95 $

Le docteur Smog est de retour !

Créé en 2005 par l’auteur André-Philippe Côté, bien connu pour ses caricatures au journal Le Soleil, le docteur Smog avait quelque peu disparu des tablettes, ses dernières consultations datant de 2006. Heureusement, il nous revient dans un 3ème album, justement intitulé Le retour du docteur Smog.

Le docteur Smog est certainement le psychanalyste le plus malchanceux de la terre. En effet, dans son cabinet ne défile que des névrosés plus délirants les uns que les autres, les cas médicaux les plus invraisemblables, les patients les plus loufoques qui soient. Le docteur Smog lui-même, en certaines occasions, ne semble pas avoir toute sa raison…

Album humoristique composé de récits en une planche, Le retour du docteur Smog se démarque par son originalité et son inventivité, les gags proposés n’étant jamais répétitifs, comme c’est malheureusement souvent le cas dans les bandes dessinées du même genre. De plus, le décor change à chaque page et certains éléments, comme des portraits de tableaux, évoluent en fonction de l’histoire ; ils apportent ainsi un contrepoint humoristique, un peu comme la célèbre coccinelle de la Rubrique-à-Brac de Gotlib. On peut donc relire les gags du docteur Smog et y découvrir des détails nouveaux, pour notre plus grand plaisir de lecteur.

Au final, cet album complètement maboul s’avère être un excellent remède contre la déprime et vous aidera sûrement à garder une bonne santé mentale. Parole de docteur Smog !

Léonard Lavoyer

Le retour du docteur Smog
André-Philippe Côté
La Presse
21,95 $

Chroniques de Jérusalem

Un Québécois lauréat du prix du meilleur album
au festival d’Angoulême !

 

Le Festival international de la bande dessinée  d’Angoulême, qui n’est rien de moins que le plus grand festival du genre en Europe, vient juste de remettre ses prix. C’est le Québécois Guy Delisle qui s’est adjugé  la plus prestigieuse des récompenses, le Fauve d’or du meilleur album, pour son livre «Chroniques de Jérusalem». Toute proportion gardée, c’est un peu comme si un cinéaste québécois gagnait une palme d’or ou un Oscar du meilleur film ! Après Michel Rabagliati, qui s’est vu décerner le Prix du public en 2010, c’est la deuxième fois qu’un Québécois reçoit un trophée à Angoulême, preuve que la bande dessinée québécoise est bien «sur la map».

Chroniques de Jérusalem est certainement une des meilleures bandes dessinées que j’ai lu ces derniers temps. On y retrouve l’esprit affûté et moqueur de Guy Delisle, observateur faussement candide qui nous décrit par de petites et grandes anecdotes sa vie en Israël, où il a demeuré un an avec sa petite famille. En découvrant ainsi Israéliens et Palestiniens dans leur quotidien, au-delà des préjugés que nous pouvons tous avoir, on appréhende une partie de la complexité de ce coin du monde, sa violence, ses absurdités, ses archaïsmes, mais aussi la beauté de certains paysages ou de certaines rencontres. Bref, tout en se distrayant, on voyage et on s’instruit. Rien que pour ça, cet album remarquable mérite son prix.

 Léonard Lavoyer

Chroniques de Jérusalem
Guy Delisle
Delcourt
34,95 $

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :